Financer son permis de conduire avec le CPF en 2026 : mode d’emploi

Sarah Legrand

Rédactrice en chef – Consultante en orientation professionnelle

Mis à jour le

Vous avez entendu dire que le CPF ne finance plus le permis de conduire ? C’est en partie vrai. Depuis février 2026, les règles ont changé pour certains permis, pas pour d’autres. En tant que consultante en orientation professionnelle, j’accompagne des personnes qui financent leur permis pour accéder à un emploi ou en changer, et cette réforme a rebattu les cartes. Voici ce qu’il faut savoir avant de monter un dossier.

Le CPF finance-t-il encore le permis de conduire en 2026 ?

Oui, mais plus pour tout le monde. Depuis février 2026, et conformément aux conditions d’éligibilité au CPF pour le permis, le Compte personnel de formation ne finance plus automatiquement le permis des catégories A1, A2, B1, B et BE. Seuls les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail et les salariés bénéficiant d’un cofinancement d’au moins 100 € restent éligibles. Les permis poids lourd et transport de personnes ne sont pas concernés.

Cette date change selon le site officiel consulté : Mon Compte Formation indique le 20 février, service-public.gouv.fr le 21. Dans les deux cas, la bascule s’est jouée en quelques heures, et beaucoup de candidats l’ont découverte en se connectant à leur compte.

Beaucoup de candidats envisagent de démissionner pour se reconvertir, alors que le permis conditionne l’accès à tout un pan de métiers, la logistique ou l’aide à domicile en tête. Cette réforme ne supprime pas le financement, elle le recentre sur les publics jugés prioritaires.

Ce qui change avec la réforme de février 2026

La restriction s’appuie sur l’article 203 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (loi de finances pour 2026), précisée par le décret n° 2026-127 du 24 février 2026, publié au Journal officiel le 25 février. Concrètement, le décret n° 2026-127 du 24 février 2026 fixe les nouvelles règles d’éligibilité et les plafonds du financement du permis par le CPF.

Avant la réforme, un salarié en poste pouvait mobiliser son CPF pour passer le permis B sans condition de statut ni de cofinancement. Aujourd’hui, sans allocation chômage ni cofinancement d’un tiers, un salarié ne peut plus financer seul son permis léger avec son CPF.

Les permis du groupe lourd, C1, C1E, C, CE, D1, D1E, D et DE, échappent totalement à cette restriction : ils demeurent finançables par le CPF sans condition de statut, comme avant la réforme.

Suis-je éligible au CPF pour mon permis ?

Répondez à quelques questions pour vérifier votre éligibilité en 2026

Quel permis visez-vous ?

Quelle est votre situation ?

Un tiers cofinance-t-il au moins 100 € de votre permis (employeur, région, Opco, État…) ?

Simulateur indicatif basé sur le décret n° 2026-127 du 24 février 2026. Vérifiez votre solde et vos droits sur moncompteformation.gouv.fr.

Qui peut financer son permis avec le CPF ?

Deux profils seulement ouvrent droit au financement CPF d’un permis du groupe léger depuis la réforme : les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, sans condition de cofinancement, et les salariés ou agents publics qui obtiennent un cofinancement d’un tiers d’au moins 100 €.

Plusieurs acteurs peuvent l’apporter : l’employeur, la région, l’État, un Opco ou un fonds d’assurance formation. Il peut aussi venir du FIPHFP pour les personnes en situation de handicap dans la fonction publique, ou des droits issus du compte professionnel de prévention (C2P) ou d’un accident du travail et d’une maladie professionnelle (AT/MP). Sans l’un de ces apports, comme le précisent désormais les nouvelles règles d’éligibilité sur Mon Compte Formation, l’accès au CPF se referme pour un salarié classique visant un permis léger, même avec un solde suffisant.

Le groupe léger et le groupe lourd ne suivent plus les mêmes règles

La distinction entre les deux groupes de permis est devenue centrale. Le groupe léger, A1, A2, B1, B, BE, subit la nouvelle restriction. Le groupe lourd, orienté transport de marchandises et de personnes, n’est soumis à aucune condition d’accès.

ProfilPermis viséÉligible au CPF ?Condition
Demandeur d’emploi inscrit à France TravailGroupe léger (A1, A2, B1, B, BE)OuiInscription active à France Travail, aucun cofinancement exigé
Salarié avec cofinancement d’un tiersGroupe léger (A1, A2, B1, B, BE)OuiCofinancement d’au moins 100 € (employeur, région, État, Opco, FIPHFP, C2P, AT/MP)
Salarié sans cofinancementGroupe léger (A1, A2, B1, B, BE)NonAucune, sauf obtention d’un cofinancement
Tout titulaire ou candidatGroupe lourd (C1, C1E, C, CE, D1, D1E, D, DE)OuiAucune condition de statut, comme avant la réforme

Le tableau résume l’essentiel, mais chaque situation mérite une vérification directe sur Mon Compte Formation, où le solde et le statut affichés peuvent faire varier ce qui apparaît réellement.

Combien le CPF prend-il en charge, et que reste-t-il à payer ?

Le décret du 24 février 2026 fixe un plafond de 900 € de CPF mobilisable pour un permis du groupe léger, quel que soit le profil éligible. Au-delà, la différence est à la charge du candidat ou d’un financement complémentaire ; pour les grandes lignes du permis et de son financement, le CPF sur le site de la Sécurité routière reste une référence générale à consulter.

Ne confondez pas ce plafond de 900 € avec le plancher de 100 € exigé pour le cofinancement d’un tiers : le premier limite ce que le CPF peut verser, le second conditionne l’accès même au dispositif pour un salarié.

Depuis le décret du 30 mars 2026, une participation forfaitaire de 150 € s’applique à toute formation financée par le CPF, pas seulement au permis. Elle concerne l’ensemble des formations mobilisant le compte, qu’il s’agisse de faire un bilan de compétences ou de viser une certification professionnelle. Aucun montant officiel de reste à charge propre au permis n’a été publié à ce jour : le coût final dépend du prix pratiqué par l’auto-école, du nombre d’heures nécessaires et de la part couverte par le CPF et un éventuel cofinancement.

Les étapes pour financer votre permis avec le CPF

Tout commence par la vérification de l’éligibilité et du solde sur Mon Compte Formation, qui affiche désormais si le permis fait partie des formations accessibles selon le statut renseigné.

Reste ensuite à choisir une auto-école agréée et habilitée à recevoir les financements CPF, une étape qui recoupe souvent les étapes d’une reconversion professionnelle plus large. Toutes ne le sont pas ; il faut vérifier cette habilitation avant de s’engager, sous peine de rejet du dossier.

Vient ensuite le montage du dossier en ligne, où il faut sélectionner la formation proposée par l’auto-école retenue et préciser son statut ainsi que la source de cofinancement le cas échéant.

Dernier passage obligé : valider le financement une fois le cofinancement confirmé par le tiers concerné. Sans cette confirmation, le dossier n’avance pas, c’est souvent là que les délais s’allongent.

Comment un employeur peut-il cofinancer le permis d’un salarié ?

Un employeur peut abonder le CPF d’un salarié pour financer son permis, à hauteur d’au moins 100 € pour rendre le dossier éligible. Cet abondement se décide librement, aucune obligation légale ne l’impose, et les demandeurs d’emploi non couverts par un employeur peuvent aussi se tourner vers les aides à la mobilité pour demandeurs d’emploi proposées par France Travail.

À l’époque où j’étais responsable RH, j’ai eu le cas d’une entreprise qui a traîné des pieds pendant plus d’un mois sur une demande d’abondement CPF pour le permis d’une aide-soignante à domicile, persuadée que ça relevait du privé plutôt que du budget formation. La réforme change la donne : sans cet abondement, une partie des salariés non éligibles au titre de France Travail perd tout accès à son CPF pour financer le permis. Pour un poste qui exige la mobilité, aide à domicile ou technicien de maintenance itinérant, cet abondement devient un levier RH direct.

Concrètement, l’employeur ou l’Opco verse sa contribution directement sur Mon Compte Formation, dans le cadre du dossier initié par le salarié, une démarche liée à la question plus large de choisir entre formation continue et initiale lors de l’arbitrage budgétaire de l’entreprise. Au-delà des 100 € exigés pour l’éligibilité, aucun montant minimal n’est imposé : l’entreprise ajuste sa participation selon son budget.

Questions fréquentes sur le CPF et le permis

Peut-on financer un permis moto ou remorque avec le CPF ?

Oui : le permis moto (A1, A2) et le permis remorque (BE) suivent les mêmes règles d’éligibilité que le permis B, puisqu’ils appartiennent au même groupe léger. Le point à vérifier avant de vous lancer : toutes les auto-écoles n’inscrivent pas ces catégories dans leur catalogue CPF, contactez directement l’établissement pour confirmer qu’il propose bien la formation demandée.

Que se passe-t-il si mon solde CPF ne couvre pas la totalité du permis ?

Le CPF finance dans la limite du solde disponible et du plafond de 900 €, sans dépasser ces deux bornes. Si un abondement complémentaire n’est pas possible, certaines auto-écoles acceptent d’étaler le paiement du solde restant sur plusieurs mois : demandez cette option au moment du devis, avant de signer quoi que ce soit.

Un employeur est-il obligé de cofinancer le permis de son salarié ?

Non, la loi ne l’exige pas : c’est une décision propre à chaque entreprise. Certaines conventions collectives ou accords de branche prévoient malgré tout ce financement pour des métiers ciblés comme le transport ou l’aide à domicile. Avant d’en parler à votre hiérarchie, consultez votre convention collective ou interrogez directement le service RH pour connaître la marge de manœuvre réelle.

Le CPF peut-il payer un stage de récupération de points ou le passage à la boîte automatique ?

Non. Le CPF exclut plusieurs usages liés au permis : le stage de récupération de points, le stage de remise à niveau et le passage de la boîte manuelle à la boîte automatique. Il exclut aussi la formation de 7 heures au permis A pour les titulaires du permis B, et plus largement tout projet non professionnel.

Le permis à 1 euro par jour, est-ce la même chose que le CPF ?

Non, ce sont deux dispositifs distincts. Le permis à 1 euro par jour est un prêt bancaire à taux zéro garanti par l’État, remboursé progressivement par le candidat. Le CPF mobilise des droits à la formation accumulés tout au long de la carrière. Les deux peuvent se combiner pour financer un même permis.

Par où commencer si vous n’êtes pas éligible d’office ?

Avant de vous lancer, repassez par Mon Compte Formation pour confirmer votre statut réel : c’est là, et nulle part ailleurs, que votre éligibilité s’affiche noir sur blanc. Si vous êtes salarié et non éligible d’office, surtout si l’objectif est de se reconvertir après 40 ans vers un métier qui exige la mobilité, la première question à poser n’est pas à l’auto-école. C’est à votre service RH ou à votre Opco qu’il faut la poser, pour savoir si un abondement est envisageable.

Pendant mes années comme formatrice en insertion, avant de me consacrer à l’orientation professionnelle, un constat revenait sans cesse : les dossiers qui aboutissent le plus vite sont ceux où la question du cofinancement est posée dès le départ, avant même de choisir l’auto-école. Cela évite les blocages administratifs qui retardent le passage du permis.

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Cet article a été publié sur Maclands, magazine spécialisé en éducation, emploi et carrières.

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