Comment fonctionne la période d’essai d’un contrat d’apprentissage ?

Sarah Legrand

Rédactrice en chef – Consultante en orientation professionnelle

Mis à jour le

Un contrat d’apprentissage engage l’apprenti dans deux lieux à la fois, l’entreprise et le CFA, et les premières semaines servent à vérifier que le poste et le rythme conviennent. La loi encadre ce temps d’essai de façon précise, avec des règles de rupture très différentes avant et après le seuil des 45 jours.

Ancienne conseillère France Travail, je rencontre sans cesse la même confusion, qui consiste à compter ces 45 jours comme des jours de calendrier, semaines de CFA comprises. Le décompte ne fonctionne pas ainsi, et l’écart peut repousser de plusieurs semaines la fin réelle de l’essai.

Comment se décomptent les 45 jours de la période d’essai ?

La période d’essai d’un contrat d’apprentissage court jusqu’à l’échéance des 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non. Pendant ce laps de temps, l’apprenti comme l’employeur peuvent rompre le contrat, selon l’article L6222-18 du Code du travail, à condition de le faire par écrit.

Avec un rythme de 3 jours en entreprise et 2 jours en CFA par semaine, les jours de cours ne comptent pas. Les 45 jours en entreprise demandent donc 15 semaines (45 divisé par 3).

L’expression « consécutifs ou non » signifie que les jours n’ont pas besoin de se suivre. Ils s’additionnent au fil des semaines passées en entreprise, au rythme de l’alternance, et le seuil peut donc être atteint sans que personne ne s’en aperçoive.

Les règles sont les mêmes pour un CAP, comme le CAP AEPE en alternance, souvent préparé dès 16 ans. Le diplôme visé ne modifie donc pas le décompte.

Comment rompre le contrat pendant la période d’essai ?

Pendant la période d’essai, l’apprenti est déjà rémunéré. Mettre fin au contrat à ce stade ne demande qu’un écrit, et la grille de salaire en alternance s’applique jusqu’au dernier jour. Une rupture annoncée de vive voix ne respecte pas cette exigence.

L’employeur notifie ensuite la rupture sans délai à l’Opco de l’entreprise.

Avant d’en arriver au courrier, un échange avec le maître d’apprentissage règle parfois la situation, avec un changement de missions ou d’horaires. Si la décision est prise, le courrier gagne à être sobre. Il mentionne l’identité de l’apprenti, le nom de l’entreprise, la date de la rupture souhaitée et la signature de son auteur. Inutile d’y détailler des reproches.

Le sélecteur ci-dessous indique la marche à suivre pour rompre le contrat selon votre situation.

Comment rompre le contrat dans votre situation ?

Règles du Code du travail (article L6222-18) et de Service-Public.fr.

Votre situation

Nous sommes dans les 45 premiers jours de formation en entreprise

L’employeur comme l’apprenti peut rompre librement le contrat, par écrit. Les 45 jours se comptent en jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non.

Conseil : gardez une copie de l’écrit.

Après 45 jours, l'apprenti et l'employeur sont d'accord

La rupture se fait par un accord écrit, signé des deux parties.

Conseil : conservez un exemplaire signé de l’accord.

Après 45 jours, l'apprenti veut partir

L’apprenti saisit d’abord le médiateur. Il informe ensuite l’employeur après un délai minimal de 5 jours calendaires. La rupture a lieu au plus tôt 7 jours calendaires après cette information.

Rappel : si l’apprenti est mineur, l’acte de rupture est signé aussi par son représentant légal.

Après 45 jours, l'apprenti a obtenu son diplôme avant la fin du contrat

L’apprenti informe l’employeur par écrit 1 mois à l’avance. La rupture ne peut pas intervenir avant le lendemain de la publication des résultats.

Conseil : envoyez ce courrier avec une preuve de remise.

Après 45 jours, l'employeur veut rompre

La rupture n’est possible que pour faute grave, inaptitude constatée par le médecin du travail, force majeure, exclusion définitive du CFA, ou décès du maître d’apprentissage d’une entreprise unipersonnelle. Elle suit la procédure de licenciement pour motif personnel. En cas de liquidation judiciaire sans poursuite d’activité, le contrat peut aussi être rompu par le liquidateur.

Conseil : après la rupture, l’apprenti peut suivre sa formation théorique pendant 6 mois en CFA.

Après les 45 jours, quels sont les modes de rupture possibles ?

Une fois le seuil franchi, la liberté de rompre disparaît. Le contrat ne s’arrête plus que dans des situations précises, résumées ci-dessous.

SituationQui romptConditions
Accord amiableApprenti et employeurAccord écrit signé des deux parties
Départ voulu par l’apprentiApprentiSaisine préalable du médiateur, information de l’employeur après un délai minimal de 5 jours calendaires, rupture au plus tôt 7 jours calendaires après cette information ; acte de rupture cosigné par le responsable légal si l’apprenti est mineur
Diplôme obtenu avant le termeApprentiInformation écrite de l’employeur 1 mois à l’avance, rupture impossible avant le lendemain de la publication des résultats
Rupture sans accordEmployeurLicenciement pour force majeure, faute grave, inaptitude constatée par le médecin du travail (sans obligation de reclassement) ou décès de l’employeur maître d’apprentissage d’une entreprise unipersonnelle
Exclusion définitive du CFAEmployeurProcédure de licenciement pour motif personnel
Liquidation judiciaire sans maintien de l’activitéLiquidateurLe liquidateur notifie la rupture du contrat à l’apprenti

Un apprenti qui prépare son diplôme reçoit une proposition de CDI alors que son contrat d’apprentissage court encore. Il prévient son employeur par écrit un mois à l’avance, puis attend la publication des résultats. Si ceux-ci tombent un mardi, la rupture ne peut intervenir qu’à partir du mercredi.

Que la rupture soit amiable ou contrainte, l’écrit sert de preuve, tout comme le solde de tout compte remis à l’apprenti. Faites dater chaque signature et gardez un exemplaire par signataire, avec les échanges de courriels qui ont précédé la décision.

Apprentissage ou professionnalisation, deux contrats à ne pas confondre

Le contrat de professionnalisation fonctionne autrement. Il peut prévoir une période d’essai, et sa rupture suit les règles du CDD (ou du CDI, selon sa forme).

CritèreContrat d’apprentissageContrat de professionnalisation
Période d’essaiFixée par la loi : 45 jours de formation pratique en entreprisePeut être prévue par le contrat
RuptureÉcrit pendant l’essai, puis accord, médiateur ou motifs limitésRègles du CDD (ou du CDI)

Pour savoir de quel régime relève un contrat, il suffit d’en relire l’intitulé et le formulaire signé au départ, qui distinguent le contrat de professionnalisation du contrat d’apprentissage.

Après la rupture, l’apprenti sans nouvel employeur peut suivre sa formation théorique pendant 6 mois en CFA, avec le statut de stagiaire de la formation professionnelle.

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Cet article a été publié sur Maclands, magazine spécialisé en éducation, emploi et carrières.

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