Peut-on toucher le chômage en étant auto-entrepreneur ?

Sarah Legrand

Rédactrice en chef – Consultante en orientation professionnelle

Mis à jour le

Vous lancez une micro-entreprise, ou vous y pensez, et votre allocation tombe encore chaque mois. Faut-il tout arrêter ou peut-on cumuler ? Tout dépend de la date de votre fin de contrat et de votre inscription, et un choix s’impose dès le départ.

J’ai passé cinq ans comme conseillère à France Travail avant de travailler en orientation, et je sais à quel point ces règles se lisent mal d’un site à l’autre. Les informations qui suivent viennent des textes de France Travail et de service-public, à jour du plafond de 60 % appliqué depuis avril 2025. Seul France Travail peut chiffrer votre dossier, alors je ne donne aucun montant individuel.

Peut-on cumuler l’ARE avec une micro-entreprise ?

Oui, un demandeur d’emploi indemnisé peut créer une micro-entreprise et garder une partie de ses droits, sous conditions. On peut soit percevoir chaque mois un complément d’ARE en plus de ses revenus, soit demander l’ARCE, une partie de ses droits versée en capital. Après une cessation subie, l’ATI peut prendre le relais.

Se lancer comme freelance en micro-entreprise n’efface pas l’ARE, l’allocation d’aide au retour à l’emploi : elle s’ajuste à ce que votre activité vous rapporte, et vous déclarez cette activité à France Travail. Tout se joue dans la déclaration et dans la formule retenue.

Le choix est exclusif : l’ARCE, versée en deux fois, ou le cumul mensuel de vos rémunérations et d’un complément d’ARE.

Avant de vous immatriculer, je vous conseille de poser trois questions à votre conseiller : à quelle date mes droits à l’ARE ont-ils été ouverts, combien de droits me restent-ils, et laquelle des formules s’applique à mon dossier ? Les réponses orientent tout le reste.

Comment se calcule le complément d’ARE, mois après mois ?

Chaque mois, France Travail part de votre ARE mensuelle et en retranche 70 % des rémunérations que vous avez déclarées au titre des assurances sociales. Le résultat est le complément d’ARE, versé en plus de vos revenus d’activité.

Le cumul est lui-même borné : il ne peut pas dépasser la moyenne des salaires qui ont servi à calculer votre ARE.

L’activité d’indépendant se déclare chaque mois à France Travail. Si vous déclarez votre chiffre d’affaires chaque trimestre à l’URSSAF, France Travail applique une avance de 70 %, puis régularise en fin de trimestre.

Pour savoir quelle formule vous concerne, le sélecteur ci-dessous vous oriente selon votre situation.

Quel dispositif correspond à votre situation ?

Cumul avec l’ARE, capital ARCE ou allocation des travailleurs indépendants : le bon dispositif dépend de votre situation. Choisissez celle qui vous ressemble le plus.

Votre situation

Le cumul de l'ARE avec votre activité

Chaque mois, votre complément correspond à l’ARE mensuelle moins 70 % des rémunérations déclarées au titre des assurances sociales. Si la fin de contrat ou la procédure de licenciement date du 1er avril 2025 ou après, le cumul est limité à 60 % des droits restants au démarrage de l’activité.

Conseil pratique : déclarez votre activité chaque mois à France Travail.

L'ARCE : un capital pour démarrer

L’ARCE représente 60 % d’un capital correspondant à vos droits ARE restants, versés en deux versements égaux : le second intervient six mois après le premier si l’activité continue. Il faut bénéficier de l’ARE et de l’ACRE.

Conseil pratique : une fois l’ARCE choisie, il n’y a plus de cumul mensuel avec l’ARE. Vérifiez que ce choix vous convient avant de le valider.

Comparer avant de choisir

Le choix est exclusif : cumul mensuel OU ARCE. Sans rémunération tirée de l’activité, une demande auprès de l’Instance paritaire régionale peut permettre de continuer le cumul pour les 40 % restants, si le plafond de 60 % s’applique.

Conseil pratique : faites le point avec France Travail avant de créer votre entreprise.

L'allocation des travailleurs indépendants (ATI)

L’ATI est possible sous conditions : au moins 2 ans d’activité non salariée sans interruption dans une même entreprise, un revenu supérieur à 10 000 € sur l’une des 2 dernières années, et des ressources personnelles inférieures à 651,69 € par mois pour une personne seule. Son montant est de 26,30 € par jour pendant 182 jours.

Conseil pratique : inscrivez-vous à France Travail dans les 12 mois suivant la liquidation.

L'ATI en cas d'activité non viable

L’ATI est possible si votre activité est reconnue économiquement non viable : baisse d’au moins 30 % des revenus, avec attestation d’un tiers de confiance. Les autres conditions de l’ATI s’appliquent également.

Conseil pratique : rassemblez vos justificatifs de revenus et faites établir l’attestation avant de déposer votre demande.

L’ARCE, un capital à la place des mensualités ?

L’ARCE, l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise, transforme une partie de vos droits en capital. Son montant correspond à 60 % d’un capital calculé sur les droits d’ARE qui vous restent, diminué d’une retenue de 3 % pour les retraites complémentaires. Elle concerne les droits ouverts après une fin de contrat à compter du 1er juillet 2023.

Le versement se fait en deux parts égales. La seconde arrive six mois après la première, si votre activité est toujours exercée et si vous n’avez pas signé de CDI à temps plein.

Pour y prétendre, l’entreprise doit être créée après la fin du contrat de travail, rupture conventionnelle comprise, et au plus tôt à compter de l’inscription comme demandeur d’emploi. Il faut aussi bénéficier de l’ARE et de l’ACRE, l’aide à la création ou à la reprise d’une entreprise : l’ACRE est donc une condition d’entrée.

CritèreCumul ARE et activitéARCE
PrincipeComplément mensuel d’ARE en plus des rémunérationsCapital issu des droits ARE restants
CalculARE mensuelle moins 70 % des rémunérations déclarées60 % du capital, moins 3 % pour les retraites complémentaires
VersementChaque moisEn deux parts égales, la seconde six mois après la première
ConditionsÊtre indemnisé et déclarer l’activité chaque moisCréer l’entreprise après la fin du contrat, au plus tôt dès l’inscription, avec l’ARE et l’ACRE
Déclaration à France TravailChaque moisPas d’actualisation mensuelle
Date de référencePlafond de 60 % si l’ARE suit une fin de contrat ou un licenciement à compter du 1er avril 2025Droit ouvert après une fin de contrat à compter du 1er juillet 2023
Cumul avec l’autre formuleNonNon, avec le versement mensuel de l’ARE

La différence tient surtout au rythme : un revenu complémentaire lissé sur les mois d’activité d’un côté, un capital reçu en deux fois de l’autre.

Que change le plafond de 60 % des droits restants depuis avril 2025 ?

Depuis le 1er avril 2025, une limite encadre le cumul quand l’ARE fait suite à une fin de contrat ou à une procédure de licenciement. Vous pouvez cumuler dans la limite de 60 % des droits restants à la date de démarrage de votre activité.

Au terme de la période de cumul, si votre activité ne vous verse plus aucune rémunération, vous pouvez demander à l’Instance paritaire régionale (IPR) de France Travail de poursuivre l’indemnisation pour les 40 % restants. Comme il s’agit d’une demande, prévoyez de présenter votre situation avec des éléments précis.

Si votre ARE a été ouverte avant le 1er avril 2025, demandez quelle règle s’applique à votre dossier sans présumer de la réponse.

Que devient votre indemnisation si la micro-entreprise s’arrête ?

L’ATI après une liquidation judiciaire

Dans le cas de la liquidation judiciaire, les conditions suivantes s’appliquent :

  • activité non salariée exercée sans interruption pendant au moins 2 ans dans une même entreprise ;
  • revenu supérieur à 10 000 € sur l’une des 2 dernières années ;
  • ressources personnelles inférieures à 651,69 € par mois pour une personne seule ;
  • inscription à France Travail dans les 12 mois suivant la liquidation.

Le montant est de 26,30 € par jour pendant 182 jours, soit environ 6 mois, avec un minimum de 19,73 € par jour.

Le seuil de 651,69 € vise une personne seule. Si vous vivez en couple ou avez des enfants à charge, demandez à France Travail le seuil applicable à votre foyer avant de conclure à un refus.

Redressement judiciaire ou activité non viable

L’ATI est aussi ouverte en cas de redressement judiciaire, ou lorsque l’activité est jugée économiquement non viable : il faut alors une baisse d’au moins 30 % des revenus et l’attestation d’un tiers de confiance.

Comment est calculé le revenu pour l’ATI ?

Pour un micro-entrepreneur, le revenu retenu pour l’ATI correspond au chiffre d’affaires moins l’abattement fiscal propre à son activité :

  • vente et activité commerciale : abattement de 71 % ;
  • artisanat ou prestations de services relevant des BIC : abattement de 50 % ;
  • profession libérale (BNC) : abattement de 34 %, avec un minimum de 305 €.

À chiffre d’affaires égal, une activité de vente ressort donc, après abattement forfaitaire, avec un revenu retenu bien plus faible qu’une activité libérale, ce qui pèse sur le seuil de 10 000 €. Ce mode de calcul vaut pour l’ATI, alors que le complément d’ARE suit celui de France Travail.

Si une liquidation survient, notez la date du jugement : le délai de 12 mois pour vous inscrire court à partir de là.

Questions fréquentes sur le chômage des auto-entrepreneurs

Est-ce qu’un indépendant a le droit au chômage ?

En règle générale, un indépendant ne cotise pas à l’assurance chômage des salariés pour son activité indépendante seule : cette activité n’ouvre donc pas, à elle seule, de droit à l’ARE. L’ATI est le filet prévu pour lui, sous conditions et après une cessation subie. Votre situation précise se vérifie auprès de France Travail.

Comment calculer le chômage pour un auto-entrepreneur ?

Le point de départ, l’ARE, vient de vos anciens salaires ; le complément se recalcule ensuite à chaque déclaration. Gardez sous la main votre notification de droits et vos déclarations URSSAF avant d’ouvrir le simulateur. Un calcul maison fondé sur le seul chiffre d’affaires risque de s’écarter du résultat de France Travail.

Quels sont les inconvénients du statut d’auto-entrepreneur ?

Côté chômage, le principal inconvénient est la fragilité du filet : votre protection dépend surtout des droits acquis lors d’emplois salariés, et l’ATI ne couvre qu’une cessation subie, sous conditions strictes. Un arrêt sans procédure ni attestation ne relève en général pas de l’ATI. Vérifiez vos droits auprès de France Travail avant de vous lancer.

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Cet article a été publié sur Maclands, magazine spécialisé en éducation, emploi et carrières.

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