Le terme de votre contrat approche et vous aimeriez rester dans l’entreprise. Le renouvellement d’un CDD, d’un contrat d’alternance ou d’un contrat aidé n’a rien d’automatique : la décision revient à l’employeur, sans obligation de sa part. Une lettre de motivation bien construite ne remplace pas un bilan positif, mais elle peut faire pencher la balance au bon moment.
J’ai relu des centaines de lettres de ce type au cours de ma carrière, côté conseil comme côté recrutement, et le constat est toujours le même : celles qui fonctionnent sont courtes et concrètes. Elles parlent d’abord de l’entreprise avant de parler de soi.
Le modèle de lettre pour un renouvellement de contrat
Voici une trame complète, bâtie sur la méthode « vous, moi, nous » recommandée par France Travail. Elle tient sur une page et va droit au but, en suivant les mêmes étapes qu’un guide de rédaction pas à pas, tout en laissant des crochets à remplir avec vos éléments personnels.
Objet : Demande de renouvellement de mon contrat au poste de [intitulé du poste]
Madame, Monsieur [nom du responsable],
Depuis [date de début], j’occupe le poste de [intitulé du poste] au sein de [nom de l’entreprise / du service]. Votre équipe traverse actuellement [contexte de l’entreprise : croissance, nouveau projet, saison haute, réorganisation] et je crois que mon expérience acquise ces derniers mois peut continuer à y contribuer utilement.
Au cours de cette période, j’ai [action concrète avec verbe d’action : optimisé, mis en place, formé, géré, contribué à] et obtenu [résultat chiffré ou concret si possible : hausse de X %, délai réduit de X, X clients/dossiers traités]. Je maîtrise désormais [outil, méthode ou process spécifique à l’entreprise] et je connais bien les habitudes de l’équipe, ce qui limite le temps d’adaptation habituel d’une nouvelle recrue.
Je souhaiterais poursuivre cette collaboration au-delà du [date de fin de contrat] et vous propose d’échanger sur les modalités d’un renouvellement. Je reste disponible pour en discuter à votre convenance.
Je vous remercie de l’attention portée à ma demande et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur [nom du responsable], l’expression de mes salutations distinguées.
[Prénom Nom]
Ce squelette fonctionne pour un CDD classique. Plus loin, un tableau vous aide à l’adapter si vous êtes en alternance, en contrat aidé ou contractuel de la fonction publique.
Que dit le droit avant d’écrire sa lettre ?
Avant de vous lancer, quelques règles du Code du travail conditionnent la faisabilité même du renouvellement. Elles changent la manière dont vous devez formuler votre demande, et surtout le moment où vous devez l’envoyer.
En application de l'article L1243-13-1 du Code du travail, un CDD est renouvelable deux fois maximum par défaut. Une convention ou un accord de branche peut fixer un nombre différent, à la hausse comme à la baisse : c'est la première chose à vérifier avant de bâtir votre argumentaire, plutôt que de partir d'un chiffre supposé valable partout.
Le renouvellement n'est possible que si une clause du contrat initial le prévoit, ou via un avenant signé avant la fin du contrat en cours. Un CDD conclu sans terme précis, lui, n'est tout simplement pas renouvelable au sens juridique du terme. C'est pour cette raison que votre lettre doit partir suffisamment tôt. Une demande envoyée la veille du dernier jour arrive souvent trop tard pour que l'avenant soit préparé et signé dans les temps.
La décision appartient à l'employeur seul, et elle se prend souvent plusieurs semaines avant le terme : mieux vaut que votre lettre arrive avant qu'elle ne soit tranchée.
Autre point technique à garder en tête si un nouveau contrat doit suivre sur le même poste plutôt qu'un renouvellement à proprement parler : les conditions de renouvellement d'un CDD prévoient aussi un délai de carence entre deux contrats. Il est égal à la moitié de la durée du contrat précédent si celui-ci faisait moins de 14 jours, et au tiers de sa durée au-delà. Concrètement, un CDD de 10 jours entraîne une carence de 5 jours avant tout nouveau contrat sur le même poste, tandis qu'un CDD de 6 mois entraîne une carence de 2 mois. Le non-respect de ce délai expose l'employeur à un risque de requalification du contrat en CDI, ce qui explique pourquoi certains responsables préfèrent, à durée égale, passer par un avenant de renouvellement plutôt que par un nouveau contrat.

Quels arguments font mouche dans une lettre de renouvellement ?
La structure « vous, moi, nous » répond à une logique précise, bien plus qu'un simple gimmick d'écriture. Elle correspond à l'ordre dans lequel un responsable lit une lettre de motivation : il commence par se demander si vous avez compris ses enjeux, avant de s'intéresser à vos compétences, puis au bénéfice concret de vous garder.
Le premier paragraphe parle de l'entreprise : son actualité et ses besoins du moment. C'est ce qui montre que la demande n'est pas générique. Un responsable qui recrute ou renouvelle plusieurs contrats par an repère immédiatement une lettre copiée-collée d'un poste à l'autre.
Vient ensuite votre partie, mais pas sous forme de liste de qualités. Les verbes d'action pèsent en général plus lourd que les adjectifs. C'est ce que rappellent les conseils de France Travail pour rédiger sa lettre de motivation : « j'ai réduit », « j'ai formé », « j'ai géré » pèsent davantage que « rigoureux » ou « motivé ». Un bilan chiffré, même approximatif, renforce cette partie, avec le nombre de dossiers traités, le délai amélioré, les clients gérés ou le taux de satisfaction.
La lettre se referme en projetant la collaboration dans l'avenir : ce que votre maintien apporte à l'équipe sur les mois qui viennent, pas seulement ce que vous avez déjà fait. Dans mon expérience, c'est justement ce paragraphe qui manque le plus souvent : la plupart des lettres s'arrêtent sur le bilan et n'osent pas parler de la suite, alors que c'est précisément la question que se pose l'employeur. Pourquoi vous garder plutôt que recruter quelqu'un d'autre, ou tout simplement clore le poste ?
Évitez aussi les formules toutes faites qui ne disent rien de concret, du type « je suis passionné par votre secteur » ou « je suis très motivé ». Elles n'apprennent rien au lecteur et s'éloignent des principes d'une rédaction convaincante.
Pour le reste : une lettre par candidature, un style direct, une mise en page aérée. Trois à quatre paragraphes suffisent amplement, une lettre trop longue dilue l'argument principal.

Comment adapter la lettre selon son type de contrat ?
Le modèle ci-dessus se personnalise selon le type de contrat concerné. Chaque statut a sa propre règle clé à connaître, comme pour la lettre de motivation en alternance, et son propre argument principal à mettre en avant.
| Type de contrat | Règle clé à connaître | Argument principal à mettre en avant |
|---|---|---|
| CDD classique | Renouvelable 2 fois par défaut (sauf convention de branche différente), via clause ou avenant signé avant le terme | Bilan chiffré de la période écoulée et besoin actuel de l'équipe |
| Contrat d'alternance | Une prolongation est possible en cas d'échec à l'examen ou de redoublement ; la rémunération reste alors celle de la dernière année du contrat | Progression pédagogique et projet de qualification à terminer |
| CUI-PEC (contrat aidé) | CDD de 6 mois minimum, durée totale limitée à 2 ans renouvellements inclus, portée à 5 ans pour les 50 ans et plus à la signature | Insertion professionnelle en cours et compétences acquises grâce à l'accompagnement |
| Contractuel fonction publique d'État | CDD de 3 ans maximum, renouvelable dans la limite de 6 ans, au-delà la personne est reconduite en CDI | Continuité du service et maîtrise des procédures internes |
Dans les trois derniers cas, gardez le squelette « vous, moi, nous » mais remplacez le paragraphe central par l'argument de la colonne de droite. C'est ce détail, par exemple la connaissance des spécificités d'un contrat CUI-PEC, qui distingue une lettre générique d'une lettre montrant que vous maîtrisez votre propre situation contractuelle. Avant d'envoyer, relisez aussi le contrat en cours pour confirmer qu'une clause de renouvellement ou une prolongation y est bien prévue, plutôt que de le supposer.
Comment vérifier son cas avant d'envoyer la lettre ?
Le nombre de renouvellements autorisés pour un CDD dépend de la convention collective applicable à votre entreprise, et pas uniquement du Code du travail. Deux salariés dans deux entreprises différentes, avec un contrat en apparence identique, peuvent avoir des droits distincts sur ce point.
Le ministère du Travail met à disposition un outil officiel qui permet de vérifier, convention collective par convention collective, le nombre de renouvellements possibles pour votre situation. Avant d'envoyer votre lettre, prenez quelques minutes pour vérifier ce point plutôt que de vous fier à un chiffre entendu dans une autre entreprise ou lu sur un forum. Une erreur ici peut affaiblir votre demande ou vous faire manquer une opportunité réelle. Cette vérification vous permet aussi de savoir à l'avance si un troisième ou quatrième renouvellement reste juridiquement possible, ou si l'entreprise devra passer par un autre type de contrat pour vous garder.
Une information utile à mentionner, avec tact, si l'échange avec votre responsable aborde le sujet.

Après l'envoi : comment préparer l'échange avec son responsable ?
La lettre ouvre la discussion, elle ne la remplace pas. Dans la plupart des cas, votre responsable reviendra vers vous pour un échange oral, formel ou informel, avant de trancher.
Préparez cet entretien comme un mini bilan de période : deux ou trois réussites concrètes, plus un exemple de problème résolu. Ajoutez une idée de ce que vous pourriez apporter sur les mois à venir si le contrat est prolongé. Évitez de présenter le renouvellement comme acquis, même si les signaux vous semblent positifs.
Si la réponse tarde, une relance courte et polie, quelques jours avant l'échéance du contrat, reste appropriée : c'est aussi l'occasion de rappeler brièvement les points qui permettent de valoriser son bilan sans revenir sur l'ensemble de la lettre. Rappelez la date limite de manière factuelle. Au-delà, l'avenant ne pourra plus être signé avant le terme, ce qui rendrait tout renouvellement impossible sur ce contrat. Privilégiez l'écrit pour cette relance, même bref : un e-mail suffit et permet de dater précisément votre démarche.
Questions fréquentes sur la lettre de renouvellement de contrat
Combien de fois un CDD peut-il être renouvelé ?
Par défaut, un CDD peut être renouvelé deux fois, en application de l'article L1243-13-1 du Code du travail. Une convention ou un accord de branche peut fixer un nombre différent : vérifiez toujours votre convention collective avant de vous baser sur ce chiffre par défaut.
Quand envoyer sa lettre de motivation pour un renouvellement ?
Le plus tôt possible avant la fin du contrat. Le renouvellement suppose une clause du contrat initial ou un avenant signé avant le terme : envoyer sa demande trop tard peut rendre la formalisation impossible dans les délais, même si l'employeur est favorable sur le fond.
Le renouvellement d'un contrat est-il un droit ?
Non. Le renouvellement reste une décision de l'employeur, pas une obligation légale envers le salarié. La lettre de motivation sert précisément à provoquer cette décision en votre faveur, elle ne la garantit pas.
Que se passe-t-il si le renouvellement est refusé ?
Le contrat arrive à son terme normalement. Une indemnité de fin de contrat, dite prime de précarité, est en principe due sauf dans certains cas particuliers prévus par le Code du travail. Selon votre situation, des allocations chômage peuvent ensuite être versées sous conditions : mieux vaut se rapprocher de France Travail dès la fin du contrat pour vérifier vos droits. Un dernier échange avec votre responsable, même après un refus, reste utile pour comprendre les raisons de la décision et, le cas échéant, garder la porte ouverte pour une prochaine opportunité.



