Un arrêt de travail ne se traduit jamais par une indemnisation immédiate. Entre le premier jour d’absence et le premier virement, il y a toujours un délai à vide, ce qu’on appelle la carence.
Le problème, c’est que ce délai ne se joue pas en une seule fois. La Sécurité sociale applique le sien, l’employeur applique le sien, et le régime change du tout au tout si on travaille dans le public. Résultat : beaucoup de salariés découvrent le trou dans leur paie au moment où ils reçoivent leur bulletin de salaire, pas avant.
Trois notions distinctes se mélangent souvent : la carence de la Sécurité sociale, la carence propre à l’employeur, et le régime spécifique de la fonction publique. Les trois se cumulent ou se substituent selon le statut, avec des points de départ qui ne coïncident jamais exactement.
Régime par régime, voici qui verse quoi et à partir de quel jour.
Sommaire
- Combien de jours de carence en arrêt maladie ?
- La carence Sécurité sociale dans le privé
- Le complément employeur : une seconde carence
- Fonction publique : un régime à part
- Les situations sans carence
- Le tableau récapitulatif : qui paie quoi ?
- L’erreur qui coûte cher : le délai de 48 heures
Combien de jours de carence en arrêt maladie ?
Dans le secteur privé, la Sécurité sociale applique 3 jours de carence : l’indemnisation démarre le 4e jour d’arrêt. L’employeur, lui, ajoute souvent sa propre carence de 7 jours avant de verser un complément. Dans la fonction publique, la carence est réduite à 1 seul jour. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, il n’y a aucune carence : l’indemnisation commence dès le premier jour.
La carence Sécurité sociale dans le privé
Pour un salarié du privé, l’Assurance maladie applique un délai de carence de 3 jours calendaires à chaque arrêt de travail. Ces trois jours ne sont pas indemnisés par la Sécurité sociale : ni le jour de l’arrêt, ni les deux suivants. Les indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) sont versées à partir du 4e jour, quelle que soit la durée de l’arrêt prescrit.
Ce mécanisme est encadré par l’article R323-1 du Code de la sécurité sociale, disponible sur ameli. Il s’applique à chaque nouvel arrêt, sauf dans les cas de reprise interrompue par une rechute liée à la même pathologie, où la carence peut ne pas être redéclenchée.
Le principe des 3 jours vaut aussi bien pour un salarié en CDI que pour un salarié en CDD ou en intérim, dès lors que les conditions d’ouverture des droits à l’Assurance maladie sont remplies. La carence Sécurité sociale ne dépend pas du type de contrat, mais du fait d’avoir cotisé suffisamment sur la période de référence retenue par la caisse.
Un arrêt très court, prescrit pour un ou deux jours seulement, se termine avant même que la carence ne soit franchie. Dans ce cas, aucune indemnité journalière n’est due par la Sécurité sociale : la carence de 3 jours doit être intégralement écoulée avant que le compteur d’indemnisation ne démarre. C’est une situation fréquente pour les arrêts de très courte durée, et elle surprend souvent les salariés. Beaucoup pensent que le principe des 3 jours garantit un versement automatique le 4e jour, alors que les indemnités journalières ne sont dues qu’une fois la carence intégralement écoulée.
Une fois la carence passée, l’indemnité journalière est égale à 50 % du salaire journalier de base, calculé sur les trois ou douze derniers mois de salaire selon la situation. Ce taux s’applique jusqu’à un plafond fixé par la Sécurité sociale. La durée maximale de versement est de 360 indemnités journalières sur une période de trois ans consécutifs, pour les arrêts liés à une maladie non longue durée.
Ce plafond de 360 indemnités journalières correspond, dans les faits, à une durée cumulée d’un peu moins d’un an d’arrêt sur trois ans, tous arrêts confondus. Un salarié qui enchaîne plusieurs arrêts pour des motifs différents voit ce compteur s’additionner, ce qui peut, à terme, limiter la prise en charge par la Sécurité sociale même si chaque arrêt pris isolément reste court.

Ces 3 jours de carence concernent uniquement la part versée par la Sécurité sociale. Ils ne disent rien de ce que fait l’employeur pendant cette même période, ni des jours suivants : c’est un système à deux étages, et le second a ses propres règles.
Le complément employeur : une seconde carence
La loi impose aux employeurs du privé de verser un complément de salaire pendant un arrêt maladie, en plus des indemnités journalières de la Sécurité sociale. Ce complément, appelé indemnité complémentaire légale, a lui aussi son propre délai de carence : 7 jours. Le versement démarre au 8e jour d'arrêt.
Concrètement, cela crée un décalage avec la carence Sécurité sociale. Entre le 4e et le 7e jour, le salarié perçoit les IJSS mais pas encore le complément employeur. Ce n'est qu'à partir du 8e jour que les deux versements coexistent, l'un compensant en partie l'autre pour se rapprocher du salaire net habituel, un équilibre qui se complique nettement si l'arrêt se prolonge au point de basculer en arrêt maladie de longue durée.
Pour bénéficier de ce complément légal, le salarié doit justifier d'au moins un an d'ancienneté dans l'entreprise et transmettre son justificatif médical dans un délai de 48 heures. Le barème de prise en charge dépend ensuite de l'ancienneté :
- De 1 à 5 ans d'ancienneté : 30 jours indemnisés à 90 % du salaire, puis 30 jours supplémentaires à 66,66 %
- Ces durées augmentent de 10 jours par tranche de 5 ans d'ancienneté supplémentaire
- À partir de 31 ans d'ancienneté : 90 jours à 90 %, puis 90 jours à 66,66 %
Ce barème progresse donc par paliers réguliers : plus l'ancienneté augmente, plus s'allonge la durée de ce que le Code du travail numérique désigne comme le maintien de salaire, sans que le taux de 90 % puis de 66,66 % ne change. Seule la durée pendant laquelle chaque taux s'applique évolue avec les années passées dans l'entreprise.
Le complément se calcule sur la rémunération brute que le salarié aurait perçue s'il avait continué à travailler, et non sur les seules indemnités journalières de la Sécurité sociale. L'employeur déduit ensuite les IJSS déjà versées pour ne pas dépasser le niveau garanti par le barème d'ancienneté.
Ce barème légal, consultable sur le site du Code du travail numérique, est un plancher. De nombreuses conventions collectives prévoient des conditions plus favorables : suppression pure et simple de la carence dès le premier jour d'arrêt, ancienneté requise réduite, ou taux de maintien supérieurs. La convention collective applicable prime toujours sur le barème légal si elle est plus avantageuse, jamais l'inverse.
Dans certains secteurs, cette différence est loin d'être anecdotique. Des branches entières ont négocié un maintien de salaire dès le premier jour d'arrêt, ce qui supprime de fait la carence employeur de 7 jours prévue par la loi. Vérifier sa convention collective, disponible sur le bulletin de paie ou auprès du service RH, est le seul moyen de savoir si ce plancher légal s'applique tel quel ou s'il a été amélioré.
Fonction publique : un régime à part
Le mécanisme change radicalement dans la fonction publique. La carence n'y dure qu'un seul jour, le premier jour de l'arrêt. Ce jour-là, comme le précise Service-public.fr sur le jour de carence dans la fonction publique, le traitement indiciaire, les primes, l'indemnité de résidence et la NBI ne sont pas versés. Seul le supplément familial de traitement (SFT) est maintenu.
Ce jour de carence unique s'applique de la même façon dans les trois versants, qu'il s'agisse d'un fonctionnaire d'État, d'un agent territorial ou d'un agent hospitalier. La règle ne varie pas selon l'employeur public, contrairement au privé où chaque convention collective peut modifier le barème légal.
À partir du deuxième jour, la rémunération est rétablie selon les règles du congé de maladie ordinaire : 90 % du traitement indiciaire brut pendant les trois premiers mois de l'arrêt, puis 50 % pendant les neuf mois suivants. Ces chiffres, publiés sur le site Service-public.fr, s'appliquent à un congé de maladie ordinaire classique.

Il existe des exceptions qui suppriment ce jour de carence unique. Aucun jour de carence n'est appliqué en cas de prolongation d'un arrêt maladie survenant dans les 48 heures suivant la fin du précédent arrêt, ni en cas d'affection de longue durée (ALD) reconnue, ni pour certains congés spécifiques prévus par les statuts. Dans ces situations, la rémunération se poursuit dès le premier jour sans interruption.
La distinction entre affection de longue durée et congé de maladie ordinaire a des conséquences directes sur la fiche de paie. Une ALD reconnue permet à l'agent de conserver l'intégralité de sa rémunération sans passer par le jour de carence, contrairement à un arrêt classique où ce premier jour n'est jamais rémunéré, hormis le SFT.
Les trois versants recouvrent des métiers très différents : enseignants et agents de préfecture pour la fonction publique d'État, agents administratifs communaux ou départementaux pour la territoriale, personnel soignant et administratif des hôpitaux pour l'hospitalière. Autre différence avec le privé : c'est l'administration employeuse elle-même qui verse la rémunération pendant l'arrêt, sans passer par un versement séparé de la CPAM comme pour les salariés du secteur privé.
Ce régime à un jour de carence, souvent mal connu, se distingue nettement du privé où la carence Sécurité sociale seule dure déjà trois jours.
Les situations sans carence
Certains arrêts de travail échappent totalement à la logique de carence, quel que soit le statut du salarié ou de l'agent.
Le cas le plus fréquent est l'accident du travail ou la maladie professionnelle (AT/MP). Dans cette situation, l'indemnisation démarre dès le premier jour qui suit l'accident, sans aucun délai de carence. Le taux de l'indemnité journalière est aussi plus favorable : 60 % du salaire journalier de référence, puis 80 % à partir du 29e jour d'arrêt. Ces règles figurent sur la fiche F175 de Service-public.fr.
Cette absence de carence pour les AT/MP s'explique par la nature même de l'événement : il n'y a pas de délai d'attente à imposer pour un accident survenu sur le lieu de travail ou dans le cadre de l'activité professionnelle. Le passage du taux de 60 % à 80 % au 29e jour distingue aussi ce régime de celui de la maladie simple, où le taux de 50 % reste fixe pendant toute la durée de l'arrêt.
Encore faut-il que l'accident ou la maladie soit officiellement reconnu comme professionnel par la caisse. Tant que cette reconnaissance n'est pas actée, l'arrêt peut être traité provisoirement selon le régime de la maladie ordinaire, avec la carence de 3 jours qui l'accompagne. Cette situation d'attente rappelle celle du droit de retrait, lui aussi soumis à une appréciation a posteriori de l'employeur. Une fois le caractère professionnel confirmé, le régime AT/MP s'applique rétroactivement, sans carence, dès le premier jour.
Dans le privé, la carence Sécurité sociale s'applique en principe à chaque nouvel arrêt. Une exception existe pour les affections de longue durée : le délai ne joue qu'une seule fois par période de trois ans. Certaines conventions collectives suppriment par ailleurs leur propre carence employeur.
Le tableau récapitulatif : qui paie quoi ?
Pour s'y retrouver entre les régimes, voici les délais et les payeurs mis côte à côte.
| Situation | Carence | Début de l'indemnisation | Qui paie |
|---|---|---|---|
| Privé, IJSS | 3 jours | 4e jour | Sécurité sociale (50 % du salaire journalier de base) |
| Privé, complément employeur légal | 7 jours | 8e jour | Employeur (barème selon ancienneté) |
| Fonction publique, congé maladie ordinaire | 1 jour | 2e jour | Administration employeuse |
| Accident du travail / maladie professionnelle | Aucune | 1er jour | Sécurité sociale (60 % puis 80 % à partir du 29e jour) |
| Prolongation sous 48 h ou ALD (fonction publique) | Aucune | 1er jour | Administration employeuse |
Ce tableau montre bien que la question "combien de jours de carence" n'a pas une seule réponse : elle dépend du statut, du type d'arrêt, et de l'existence ou non d'une convention collective plus favorable que le barème légal. Ces éléments sont à vérifier en amont pour éviter les mauvaises surprises au moment du solde de tout compte si l'arrêt débouche sur une rupture du contrat.

Deux lignes de ce tableau méritent une lecture attentive avant tout arrêt. La ligne "privé, complément employeur légal" varie fortement d'une entreprise à l'autre selon la convention collective. La ligne "fonction publique", elle, ne s'applique jamais aux contractuels de droit privé qui travaillent pour une administration, qui relèvent du régime général comme n'importe quel salarié du privé.
L'erreur qui coûte cher : le délai de 48 heures
Au-delà des jours de carence, un autre délai mérite l'attention : celui de l'envoi de l'arrêt de travail. Le salarié dispose de 48 heures à compter du premier jour d'arrêt pour transmettre son avis d'arrêt à la Caisse primaire d'assurance maladie et à son employeur.
Passé ce délai, la Sécurité sociale peut réduire le montant des indemnités journalières pour la période comprise entre la date de prescription et la date d'envoi effective. L'employeur, de son côté, peut retarder ou refuser le versement du complément légal si le justificatif ne lui parvient pas dans les temps. Ce formalisme contraste avec des protections plus récentes comme le droit à la déconnexion, pensé lui aussi pour encadrer les échanges entre salarié et employeur en dehors du strict cadre du poste.
Cette règle des 48 heures s'applique de façon identique, qu'il s'agisse d'un premier arrêt ou d'une prolongation. Une prolongation transmise en retard peut, dans le cas d'un agent public, faire perdre le bénéfice de l'exonération de carence normalement accordée lorsque la prolongation intervient dans les 48 heures suivant l'arrêt précédent. Le respect du délai administratif conditionne alors directement le régime de carence applicable.
Ce détail administratif pèse souvent plus lourd, dans la pratique, que le principe même de la carence : un arrêt envoyé en retard peut prolonger de plusieurs jours une période sans aucune indemnisation, bien au-delà des 3, 7 ou 1 jour prévus par les textes.



