Rédactrice en chef – Consultante en orientation professionnelle
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Indice brut, indice majoré, valeur du point : cette terminologie suffit à décourager la plupart des agents qui cherchent à comprendre leur bulletin de paie. Pourtant, une fois la mécanique posée, calculer un traitement dans la fonction publique hospitalière (FPH) devient une simple opération arithmétique, la même pour un agent des services hospitaliers que pour un cadre de santé.
Quand j’accompagne des candidats vers la fonction publique hospitalière, la question du salaire revient presque à chaque entretien, formulée le plus souvent ainsi : combien touche réellement un agent, une fois passés les échelons théoriques affichés sur les fiches de poste ? Réponse ici, avec des chiffres vérifiés et la formule de calcul. Et la grille complète, pour le métier le plus recherché du secteur : l’aide-soignant.
Comment lire une grille indiciaire, IB, IM et valeur du point ?
Le salaire brut d’un agent de la fonction publique hospitalière se calcule à partir de son indice majoré (IM), multiplié par la valeur annuelle du point puis divisé par 12. La formule : traitement brut mensuel = IM x 5 907,34 / 1200. Un agent à l’IM 572 perçoit ainsi 2 815,83 € brut par mois, soit 33 789,98 € par an.
Deux indices se côtoient sur chaque ligne de grille, et c’est là que la confusion commence. L’indice brut (IB) sert de repère administratif : il numérote la position de l’agent sur son échelon, de 100 à 1027 selon les grades. L’indice majoré (IM), lui, est l’indice réellement utilisé pour calculer le traitement, et sa plage est bien plus resserrée, de 208 à 835. À chaque IB correspond un IM fixé par un tableau de correspondance publié par l’administration : ce n’est jamais l’IB qui entre dans le calcul du salaire, toujours l’IM.
La valeur du point d’indice, elle, est un montant national fixé par décret, identique dans les trois versants de la fonction publique. Depuis le 1er juillet 2023, le traitement indiciaire de la fonction publique, correspondant à l’indice majoré 100, est fixé à 5 907,34 € brut annuel. C’est cette valeur qui sert de base à toutes les formules de calcul, qu’il s’agisse d’un traitement mensuel ou annuel.
Pour obtenir un traitement annuel et non mensuel, la formule change légèrement de dénominateur : traitement brut annuel = IM x 5 907,34 / 100. Reprenons l’exemple de l’IM 572 : 572 x 5 907,34 / 100 donne 33 789,98 €, soit exactement le montant mensuel de 2 815,83 € multiplié par douze. Les deux formules aboutissent logiquement au même résultat, seule l’unité de temps change.
Ces montants restent des montants bruts, hors primes, hors nouvelle bonification indiciaire (NBI), hors supplément familial de traitement et hors indemnité de résidence. Le traitement indiciaire n’est que la base du calcul, pas le salaire net final versé sur le compte.
Cette distinction entre IB et IM n’est pas propre à la fonction publique hospitalière. Elle structure de la même façon les grilles de la fonction publique d’État, comme le salaire des professeurs des écoles, et celles de la fonction publique territoriale, sous les mêmes règles de calcul et la même valeur de point. Seuls les grades, les corps et les intitulés de poste changent d’un versant à l’autre.
Les filières et catégories de la fonction publique hospitalière
La fonction publique hospitalière classe ses agents selon deux logiques complémentaires : la catégorie, qui indique le niveau de qualification et de responsabilité, et la filière, qui renvoie au domaine professionnel. Comprendre ces deux axes aide à situer n’importe quel poste sur une grille indiciaire, avant même de regarder le détail des échelons.
La catégorie C regroupe les agents d’exécution, dont l’agent des services hospitaliers est un exemple emblématique. La catégorie B rassemble les professions intermédiaires : techniciens, et, depuis la réforme portée par les décrets 2021-1257 et 2021-1267, les aides-soignants, dont l’échelonnement indiciaire découle directement du décret n° 2022-1207 encadrant la catégorie B. La catégorie A, enfin, réunit l’encadrement et les professions à qualification élevée, comme les infirmiers en soins généraux, les infirmiers anesthésistes, les infirmiers de bloc opératoire ou les cadres de santé.
Cinq grandes filières structurent l’ensemble des métiers de la FPH : la filière administrative, la filière soignante et de rééducation (la plus nombreuse), la filière médico-technique, la filière socio-éducative, et la filière technique et ouvrière. Les praticiens hospitaliers d’un côté, les personnels de direction de l’autre, relèvent quant à eux de statuts spécifiques, distincts de ces cinq filières classiques.
Le croisement entre filière et catégorie explique pourquoi deux métiers a priori proches peuvent afficher des grilles très différentes. Un agent des services hospitaliers qualifié, en catégorie C, et un aide-soignant, en catégorie B, exercent dans la même filière soignante et de rééducation. Mais leur point de départ indiciaire, et surtout leur plafond de carrière, n’ont plus grand-chose de commun depuis le passage des aides-soignants en catégorie B.
Retenir cette architecture évite une erreur fréquente chez les candidats : confondre le nom du métier et sa catégorie statutaire. Un même intitulé de poste peut recouvrir des réalités indiciaires différentes selon l’établissement, le corps de rattachement, ou le grade atteint dans ce corps. La catégorie et la filière sont les deux informations à vérifier en priorité avant de comparer deux offres d’emploi entre elles.
Le choix de la filière n’est pas qu’une question administrative : il détermine aussi le concours ou la procédure de recrutement, les diplômes exigés à l’entrée, ainsi que les possibilités de reconversion professionnelle et de mobilité interne entre établissements. Un agent de la filière technique et ouvrière, par exemple, ne bascule pas vers la filière soignante sans passer par une nouvelle procédure de recrutement, même après plusieurs années d’ancienneté dans son corps d’origine.
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Exemple détaillé : la grille indiciaire de l’aide-soignant en catégorie B
L’aide-soignant reste le métier le plus consulté par les candidats à la fonction publique hospitalière, et c’est aussi celui pour lequel la réforme de catégorie B a le plus changé la donne. Le corps se déploie sur deux grades, la classe normale et la classe supérieure, chacun avec ses propres échelons et son propre rythme de progression indiciaire.
Le passage des aides-soignants en catégorie B en 2022 a rassuré beaucoup de candidats hésitants. La progression indiciaire, sur le papier, est nettement plus favorable qu’avant la réforme, avec un plafond de carrière qui n’existait pas dans l’ancienne grille de catégorie C : la grille indiciaire de l’aide-soignant détaillée par échelon le montre bien.
Voici la grille de la classe normale, toujours en montants bruts mensuels :
Échelon
Indice brut (IB)
Indice majoré (IM)
Brut mensuel
1
389
373
1 836,20 €
2
397
375
1 846,04 €
3
416
377
1 855,89 €
4
434
388
1 910,04 €
5
452
401
1 974,03 €
6
468
414
2 038,03 €
7
491
429
2 111,87 €
8
510
444
2 185,71 €
9
535
461
2 269,40 €
10
567
485
2 387,55 €
11
610
517
2 545,08 €
Onze échelons séparent donc le premier poste d’un aide-soignant en classe normale de son plafond de grade, soit un écart de 708,88 € brut mensuel entre le premier et le dernier échelon. La progression n’est pas linéaire : les premiers échelons avancent lentement, quelques dizaines d’euros à chaque fois, tandis que les derniers échelons apportent des sauts plus nets, jusqu’à 157,53 € entre les échelons 10 et 11. C’est un point important pour les candidats qui évaluent leur salaire à long terme : les débuts de carrière progressent moins vite que la fin de grille.
Un aide-soignant qui atteint le sommet de la classe normale peut ensuite accéder à la classe supérieure, sous conditions d’ancienneté et d’examen professionnel ou de tableau d’avancement. Voici la grille correspondante, dans les mêmes conditions de calcul :
Échelon
Indice brut (IB)
Indice majoré (IM)
Brut mensuel
1
433
387
1 905,12 €
2
449
399
1 964,19 €
3
464
411
2 023,26 €
4
484
424
2 087,26 €
5
508
442
2 175,87 €
6
532
460
2 264,48 €
7
561
480
2 362,93 €
8
585
499
2 456,47 €
9
612
519
2 554,92 €
10
638
539
2 653,38 €
11
665
560
2 756,76 €
La comparaison entre les deux grades est instructive, à l’image des grilles indiciaires détaillées disponibles pour d’autres corps de la FPH. Le premier échelon de la classe supérieure (1 905,12 €) dépasse à peine le quatrième échelon de la classe normale (1 910,04 €). Signe que le passage de grade fait gagner un rythme de progression plutôt qu’un bond immédiat de salaire. C’est le sommet de grille qui fait la vraie différence, avec un écart de 211,68 € entre les deux derniers échelons des deux grades, à 2 545,08 € contre 2 756,76 €.
Ces deux grilles, classe normale et classe supérieure, ne sont qu’un exemple parmi la dizaine de corps que compte la filière soignante et de rééducation. La méthode de lecture ne change pas pour un autre métier de la FPH : repérer l’échelon, lire l’IM correspondant, puis appliquer la formule vue plus haut.
Combien gagne-t-on selon la catégorie, de C à A ?
Toutes catégories confondues, la fonction publique hospitalière encadre ses traitements entre deux bornes. À la base, un agent à temps complet ne peut être rémunéré sous l’indice majoré 366, soit 1 801,73 € brut mensuel, un plancher à comparer à la grille de salaire en alternance, où les montants démarrent plus bas encore en début de contrat. Ce plancher existe indépendamment de la catégorie ou du grade : quand la grille indiciaire d’un agent débutant tombe sous ce seuil, une indemnité différentielle vient compléter le traitement pour atteindre ce minimum.
Ce plancher réglementaire ne suffit d’ailleurs pas toujours à lui seul : la rémunération globale d’un agent ne peut pas non plus être inférieure au SMIC, fixé à 1 867,02 € brut mensuel. Là encore, si l’addition du traitement indiciaire et des éléments de rémunération n’atteint pas ce montant, une indemnité différentielle vient combler l’écart. Concrètement, aucun agent hospitalier à temps complet ne peut être payé en dessous du SMIC, quelle que soit sa catégorie statutaire.
À l’autre extrémité, le sommet des grilles courantes de la FPH culmine à l’indice majoré 835, soit 4 110,52 € brut mensuel. Entre ces deux bornes, le positionnement dépend directement de la catégorie et du grade atteint. Les agents de catégorie C évoluent globalement dans la partie basse de cette échelle. Les agents de catégorie B, comme l’aide-soignant, se déploient sur une plage intermédiaire, illustrée par la grille détaillée ci-dessus, et les agents de catégorie A, cadres de santé ou infirmiers en soins généraux, se rapprochent du sommet à mesure qu’ils progressent en grade.
Cette hiérarchie d’indices traduit le niveau de qualification requis à l’entrée, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire salariale. Un agent de catégorie B en fin de grade peut, sur son seul traitement indiciaire, dépasser un agent de catégorie A tout juste titularisé. C’est l’ancienneté cumulée à la catégorie qui détermine la position réelle sur cette large fourchette allant de 1 801,73 € à 4 110,52 € brut mensuel.
Deux fiches de paie affichant le même intitulé de poste peuvent ainsi afficher des montants différents d’un établissement à l’autre, sur la base de cette large fourchette. La variable, dans ce cas, tient aux primes et indemnités propres à chaque établissement, abordées dans la section suivante : la grille elle-même reste identique d’un établissement à l’autre.
Le complément de traitement indiciaire (CTI Ségur) et les autres éléments de paie
Le traitement indiciaire calculé à partir de la grille n’est que la première brique du bulletin de paie. Pour une large partie des agents hospitaliers, le complément de traitement indiciaire, plus connu sous le nom de CTI Ségur, s’ajoute mécaniquement au traitement de base. Il équivaut à 49 points d’indice majoré, soit 241,22 € bruts par mois, versés aux personnels soignants et médico-sociaux.
Le CTI n’est pas une prime négociable au cas par cas : c’est un montant fixe, identique pour tous les agents éligibles, qui vient s’additionner au traitement indiciaire lu directement sur la grille. Pour un aide-soignant à l’échelon 6 de la classe normale, par exemple, le traitement brut de 2 038,03 € se voit ainsi complété de 241,22 €, avant même de prendre en compte les autres éléments de rémunération.
D’autres éléments viennent ensuite s’ajouter, ou non, selon la situation individuelle de l’agent. La nouvelle bonification indiciaire (NBI) récompense certaines fonctions ou responsabilités particulières, sous forme de points d’indice supplémentaires intégrés au calcul du traitement. Le supplément familial de traitement varie selon le nombre d’enfants à charge, et l’indemnité de résidence dépend de la zone géographique de l’établissement employeur. L’indemnité de télétravail, elle, s’applique aux agents éligibles au travail à distance.
S’ajoutent enfin des primes propres à chaque filière et chaque établissement : prime de service, indemnités pour travail de nuit, de dimanche ou de jours fériés, indemnités liées à la sujétion spéciale pour les personnels soignants. Ces éléments ne figurent sur aucune grille indiciaire nationale, car ils dépendent des accords locaux et de l’organisation du temps de travail propre à chaque établissement. Seul le traitement indiciaire, augmenté le cas échéant du CTI, est strictement identique d’un établissement à l’autre pour un même échelon.
Sur un bulletin de paie, il est donc utile de distinguer plusieurs blocs bien séparés : le traitement indiciaire, calculé directement depuis la grille et l’échelon, le CTI, fixe pour les personnels éligibles, et les primes locales, variables selon l’établissement et le poste occupé. Confondre ces blocs conduit souvent à surestimer, ou sous-estimer, l’écart réel entre deux propositions de poste.
Comment évolue la rémunération au fil de la carrière ?
Le salaire d’un agent hospitalier progresse sur la durée de sa carrière via l’avancement d’échelon, l’avancement de grade, et les revalorisations générales décidées au niveau national. Ces trois mécanismes se cumulent, sans se substituer l’un à l’autre.
L’avancement d’échelon est le plus automatique des trois. Il fait progresser l’agent au sein d’un même grade, échelon après échelon, selon une durée fixée par le statut particulier de son corps. Chaque changement d’échelon correspond à un IB, donc à un IM, plus élevé, comme le montre la grille de l’aide-soignant présentée plus haut. C’est la mécanique de base qui fait progresser un traitement, même sans changement de poste ni de responsabilités.
C’est souvent ce point qui est le plus mal anticipé par les agents en poste. Ils connaissent leur indice de départ, rarement le rythme auquel il va progresser. Or ce rythme, propre à chaque corps et fixé par décret, conditionne directement le nombre d’années nécessaires pour atteindre le sommet de grille.
L’avancement de grade, lui, change la donne plus radicalement : passer de la classe normale à la classe supérieure, pour un aide-soignant, ou d’un grade à un grade supérieur dans un autre corps, ouvre l’accès à une nouvelle grille, avec un plafond plus élevé. Cet avancement n’est pas automatique : il dépend d’un examen professionnel, souvent précédé d’un parcours de développement professionnel continu, d’une inscription sur un tableau d’avancement, ou d’une combinaison des deux selon les statuts particuliers de chaque corps.
Le troisième levier échappe totalement à l’agent : les revalorisations générales, qu’il s’agisse d’une hausse de la valeur du point d’indice ou d’une refonte complète d’une grille par décret, comme celle qui a fait basculer les aides-soignants en catégorie B. Ces décisions, prises au niveau national, s’appliquent uniformément à tous les agents concernés, indépendamment de leur ancienneté ou de leur établissement d’affectation. Suivre les textes officiels est, à ce jour, le seul moyen fiable d’anticiper ces évolutions, tant elles peuvent intervenir sans préavis long.
Mis bout à bout, ces deux premiers leviers ont un effet cumulatif sensible sur une carrière complète. Un aide-soignant qui progresse du premier échelon de la classe normale, à 1 836,20 € brut mensuel, jusqu’au dernier échelon de la classe supérieure, à 2 756,76 €, voit son traitement indiciaire grimper de 920,56 € sur l’ensemble de son parcours. Et ça, sans compter les revalorisations générales intervenues entre-temps.